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4 mars 2016 0 commentaire Sénat

Mon intervention sur le trentième anniversaire du baccalauréat professionnel

 

« Le 23 décembre 1985 était promulguée la loi programme du 23 décembre 1985 sur l’enseignement technologique et professionnel. Cette loi importante, qui reprenait les orientations dégagées par la mission Ecole- Entreprise, visait à rapprocher l’institution scolaire du monde du travail, pour favoriser l’emploi de jeunes gens hautement qualifiés.

Il s’agissait d’une loi de fin de législature, adoptée sous un gouvernement socialiste ayant dû, pour y parvenir, convaincre un certain nombre de syndicats parmi les plus conservateurs : CGT et SNES en tête. A trente années de distance, on peut constater la triste constance des socialistes s’agissant de l’adaptation de la société aux nécessités de l’emploi. C’est donc principalement à la droite revenue aux affaires en 1986, et surtout à René Monory dont il faut honorer la mémoire dans cette enceinte qui fut longtemps la sienne, que l’on doit le succès et la pérennité de quelques-unes des innovations de cette loi.

C’est en effet à la loi du 23 décembre 1985 que nous devons l’instauration du baccalauréat professionnel. Son anniversaire – 30 ans, le bel âge ! – donne l’occasion de revenir sur la réussite d’un diplôme insuffisamment valorisé. Il est surtout l’occasion d’élargir le propos pour porter un regard sévère sur la formation professionnelle.

S’agissant du baccalauréat professionnel en lui-même, les chiffres démontrent que ce diplôme a su attirer un public nombreux. Ainsi, en juin 2015, 176 200 jeunes l’ont obtenu, sur un total de 617 900 nouveaux bacheliers. L’année de son trentième anniversaire, le baccalauréat professionnel représentait donc 22 % des nouveaux bacheliers. Il faut s’en féliciter, car 60 % de ces bacheliers entrent directement sur le marché du travail après le baccalauréat où ils peuvent mettre à profit leurs connaissances. Il s’agit donc d’une clé puissante d’intégration sur le marché du travail.  De ce point de vue, la réforme portée par la précédente majorité et adoptée dès le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, en 2008, a bien atteint ses objectifs. Il s’agissait en effet de diminuer la durée de préparation de ce baccalauréat afin de recruter des candidats ayant un bon niveau en 3ème, capable d’avoir le diplôme en trois ans au lieu de quatre, et donc d’aller chercher des candidats choisissant la filière professionnelle par choix et non par dépit. Avec un taux de chômage de 25% chez les moins de 25 ans, on ne peut que se féliciter de la bonne santé du baccalauréat professionnel et regretter que le Président de la République, qui a fait des jeunes et de la diminution du chômage les deux priorités de son mandat, n’ait pas porté un regard dans sa direction.

Si l’on élargit le propos à la formation professionnelle, on quitte inévitablement le registre du satisfecit pour celui du regret.

La formation professionnelle représente un budget annuel de 32 milliards d’euros, soit l’équivalent du budget de la défense française, 2ème ministère le plus doté en France. Ce n’est pas rien ! Cette somme considérable devrait permettre d’atteindre des résultats du même ordre en termes d’accès à l’emploi. Or, il n’en n’est rien car ce budget est très mal employé.  En effet, il bénéficie principalement – à hauteur de 61% – aux actifs occupés. Est-il vraiment judicieux de dépenser 20 milliards d’euros au profit de personnes qui occupent un emploi lorsque l’on sait que le frein essentiel à l’emploi réside dans l’absence de formation, et que ces sommes trouveraient donc une utilité plus grande pour des personnes non formées ? Poser la question, c’est déjà y répondre ! Surtout si l’on ajoute que ceux qui profitent le moins de ce budget pharaonique sont les jeunes et les demandeurs d’emploi. Bref, les moyens existent mais sont très mal employés. De plus, là  où la précédente majorité avait su simplifier le baccalauréat pour le rendre plus opérationnel, l’actuelle majorité a réformé la formation professionnelle pour la rendre plus rigide ! On peut difficilement faire pire ! Il serait temps, ô combien, de faire mieux !

Je vous remercie. »

 

Séance publique du 02 mars 2016

 

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